Maryse Houdy

attente vendu

Petit à petit l'oiseau fait son nid.


Maryse Houdy

Tardivement dans ma vie, après avoir tenu un stylo plutôt qu'un crayon, un pinceau ou une mirette, j'ai, par provocation et nécessité intime, décidé de peindre et plus tard de sculpter. Je voulais communiquer sans les mots. A ma grande surprise au bout de mes doigts naissait quelque chose. Je me suis émerveillée de mettre des couleurs sur des morceaux de papier, les ai déchirés, recollés. J'ai utilisé les pigments, agrandi mes formats, me suis mise au modelage, au métal, au raku, au fusain, à la pierre, j'ai utilisé du gourdon, des fibres végétales, de la résine, de l'huile... j'ai avancé, j'ai reculé, brulé, recouvert, découvert, mis de côté, retrouvé. Je me suis enthousiasmée, désolée, ressaisie et me suis un jour demandé :

« Quelle cohérence y a-t-il entre toutes ces productions que je n'ose appeler "Oeuvre" mais qu'il faut exposer ? »

Si je laisse vagabonder mon esprit, si je rentre en moi, apparaît une petite fille appelant ses parents : « Regardez... » mais les parents sont trop occupés. Alors, devenue adulte, elle persiste, touche à tout, tâtonne et interpelle toujours : « Regardez, c'est moi qui ai fait cela, il s'agit de moi, de vous, de tous les mal écoutés, les mal regardés... »

A la reflexion, une curiosité, un hasard, une nécessité inconsciente me pousse vers telle matière, telle technique avec le désir de lui faire exprimer de l'intime. L'insatisfaction est parfois au rendez-vous, mais il me faut poursuivre cette quête.

Je rêve que tous les humains aient un accès à un moyen d'expression créatif pour inviter leurs prochains à partager leur sensibilité, pour exister ensemble, semblables et différents.

Quant à moi, j'ai besoin de la créativité d'autrui et j'essaie maladroitement d'extirper la mienne de mes entrailles. Quand l'alchimie se produit, je suis comblée par un regard, un sourire, une parole qui me donnent envie de continuer.